Bio partie 1

Mon Parcours entre deux Mondes.

 

Les six premières années de ma vie à Marrakech n’étaient pas seulement des années d’enfance ; elles étaient une immersion totale dans une lumière, une chaleur et une odeur de jasmin qui, je le pensais alors, ne me quitteraient jamais.

Marrakech était mon monde, ma sécurité, le théâtre de mes premiers pas sous le regard bienveillant des miens.
​Puis, vint l’année 1994. Un chiffre gravé dans ma mémoire comme le début d’une odyssée.
​Je me souviens de l’effervescence à la maison, ce mélange de joie et de déchirement. Nous partions, ma mère, mes sœurs et moi, pour rejoindre mon père. L’Italie n’était alors qu’un nom lointain, une promesse de retrouvailles familiales. Mais pour l’enfant de six ans que j’étais, cela signifiait surtout quitter l’unique horizon que je connaissais.

​Mon premier avion.

Je revois encore le tarmac, cette chaleur étouffante de Marrakech qui vous embrasse une dernière fois avant de monter les marches. À l’intérieur, le vrombissement des moteurs était le son de l’inconnu. Quand l’appareil a quitté le sol, j’ai senti mon cœur se serrer en regardant par le hublot les maisons ocres devenir de minuscules points rouges, puis disparaître sous les nuages. Ce jour-là, j’ai compris, avec l’intuition d’une enfant, que ma vie ne serait plus jamais la même. J’apprenais déjà ce que signifiait « prendre de la hauteur » pour regarder vers l’avenir.

​L’arrivée en Italie fut un choc sensoriel. Tout était différent : l’air plus frais, les sons, et surtout, ces nouveaux visages.

​L’entrée à l’école fut l’épreuve la plus marquante. Je me revois, petite silhouette marocaine au milieu d’une cour de récréation italienne. Des dizaines de nouveaux élèves m’entouraient. Leurs visages me semblaient si différents, leurs voix parlaient une langue qui m’était encore étrangère, mais leurs yeux brillaient de la même curiosité que les miens. Ce fut mon premier contact avec l’altérité. J’ai dû apprendre, plus vite que les autres, à observer, à écouter et à décoder un monde qui n’était pas le mien.

​Chaque jour de classe était un défi : transformer ces visages inconnus en amis, et ce silence forcé par la barrière de la langue en une maîtrise parfaite. Ces années m’ont appris la résilience. Elles m’ont appris qu’on peut s’enraciner ailleurs sans oublier d’où l’on vient.